« Etranger » contre autochtone...!

Étranger : qui n’appartient pas à un groupe, qui est d’une autre nation…

Autochtone : qui habite en son lieu d’origine, qui est du coin…

Il y avait une trentaine de doublettes, qui, dans ce petit village, s’affrontaient à la pétanque, lors du concours de la fête. C’était  un vrai concours de fête en quatre parties où se mêlaient des papis avec le petit fils, des vacanciers, des couples, des personnes âgées qui ne jouaient qu’un concours par an, celui-là, mais surtout, il n’y avait pas de « pros », car ils étaient tous à dix kilomètres de là, dans le département voisin où une compétition régionale réunissait l’élite locale.

La qualité des parties laissait à désirer pour quelques connaisseurs qui qualifiaient  ces équipes de « pompes à vélos » ou de « morts de faim », mais tous jouaient du mieux qu’ils le pouvaient, complètement investis dans leur jeu.

Une partie opposait deux papis du cru, partenaires depuis cinquante ans à la belote et à la manille, et qui pour l’occasion avaient troqués les cartes contre de vieilles boules J.B, quadrillées et rouillées,  contre deux « Parisiens », plutôt intellectuels .Ils n’étaient pas forcément de Paris, mais, comme ils étaient rouges comme des écrevisses cuites depuis peu, tant il était évident qu’ils avaient abusé du soleil des plages  de Saint Ferréol, ils n’étaient donc pas d’ici.                

Quand on a pris un gros coup de soleil, que le rouge vif d’une partie du corps alterne avec des parties d’un blanc pur, et surtout qu’on a un accent différent du nôtre, voire un peu pointu, chez nous, on est forcément Parisien, même si on réside en Bretagne.

Chaque joueur faisait ce qu’il pouvait, conseillé par son partenaire, mais c’était une partie qui se jouait au point, et pour permettre au boules de rectifier leur trajectoire, chaque joueur s’inclinait en vain, fortement du côté où il souhaitait que la boule «tourne» ; un papi faisant presque, quelquefois, un demi tour dans le rond. 

Il était près de 18 heures et c’était la dernière partie avant l’apéro de la fête. Deux jeunes femmes, très légèrement vêtues, elles aussi « coup de soleillées », vinrent à la rencontre des « Parigos » qui jouaient contre les papis du cru.

Bisous, et bien sûr question de rigueur, quand on ne connaît que peu de choses de ce jeu :-    contre qui vous jouez ? 

  • contre ces deux autochtones.»

Ce mot eut un effet de réveille-matin. Les deux papis se regardèrent incrédules, et l’un s’exclama à l’adresse de l’autre :

  • « Je crois que je n’ai pas bien compris, qu’est-ce qu’il a dit ?
  • Il a dit que tu étais un autochtone. »

C’en  était trop, de courbé qu’il était pour jouer sa boule, il se redressa, et avisant le Parigot qui avait parlé, il lui dit :

  • « Petit c…, autochtone toi-même, ça fait soixante dix ans que j’habite ici, et on ne va pas se laisser emm…er et insulter par des Parisiens ! »    

L’autre Parigo comprenant la méprise intervint et expliqua que ce n’était pas une insulte, mais le mot juste pour désigner des gens qui sont dans leur village depuis toujours.

Le papi s’excusa mais dit à l’assistance qui regardait :

-« Ils n’ont qu’à parler français comme tout le monde ».

Garder-vous donc à la pétanque de qualifier quelqu’un d’autochtone, cela pourrait être dangereux, surtout après l’apéro.

Bernard BONNES

( Notre « Pagnol » de l'Association EDUCNAUTE-INFOS )

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