« Bonjour, s’il vous plaît, et merci ».

Il y a quelques années en août, lors d’un concours régional de pétanque, j’étais préposé à la buvette. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne chômais pas. Il y avait une centaine de triplettes, et bien que les platanes ombragent en partie les allées, il devait faire dans les trente neuf degrés. Les  bouteilles d’eau partaient comme de petits pains  et je crois que la tireuse des bières pression devait elle aussi chauffer.

Les joueurs arrivaient par trois, quatre ou plus et c’était toujours les mêmes propos : « Hé, donne-moi une bouteille d’eau ou, donne une pression à la pêche, une pression, hé, toi, donne une bière ». Le registre langagier était très ciblé mais très limité, bien qu’ils  soient tous adultes.

A un moment plus creux, je vois arriver un jeune gitan, une vingtaine d’années, élégant, chemise blanche et cheveux très bruns soigneusement peignés qui s’approche de la buvette et me dit :

- Bonjour, monsieur, je voudrais, s’il vous plaît, une bière pression.

Le vieil enseignant que j’étais faillit tomber à la renverse, et il m’acheva quand je lui tendis le verre « merci monsieur ».

Il but goulûment, et je le comprenais facilement, il faisait vraiment très chaud  sur les terrains.
Son demi terminé, il reposa le gobelet sur le comptoir et s’apprêtait à partir, quand je lui dis : « attends » et joignant le geste à la parole je lui servis un deuxième demi : « c’est offert par la maison ».

Interloqué il me dévisagea et me demanda « Pourquoi ? »

« J’ai servi plus de deux ou trois cents boissons, et tu es le seul à m’avoir dit, bonjour, s’il vous plaît, et merci, alors, ça s’arrose ! »

Il parut apprécier, bu en savourant, me remercia à nouveau et repartit d’où il était venu.

Quelques minutes plus tard, je vois arriver cinq jeunes gitans habillés très différemment, qui venant droit sur le bar m’apostrophent ainsi, chacun parlant en même temps que les autres et essayant d’en dire plus que le voisin : « s’il vous plaît, merci, bonjour, je voudrais une bière monsieur, ou bonjour, merci, s’il vous plaît, je voudrais un demi… C’était comme le quinté tout y était, mais surtout  dans le désordre.

Cela me fit franchement sourire et je leur dit : « avec plaisir mais c’est deux euros la consommation ! »

L’un d’eux répondit : « mais quand on dit tout ça ce n’est pas gratuit ? » C’est gratuit pour le premier qui l’a dit tout à l’heure, mais maintenant, c’est fini ; mais si tu continues de le dire souvent, peut être que tu l’auras toi aussi sans payer, la prochaine fois ».          

Ils repartirent décontenancés pensant sans doute que ces vieux sont incompréhensibles.

Quelques minutes plus tard, je racontais cela à un joueur qui était une vieille connaissance et qui me dit : « ces jeunes, c’est des illettrés, ils se croient tout permis. Tant que tu y es, donne une bière ! »

Bernard Bonnes

(Membre de l'Association EDUCNAUTE-INFOS).

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